THERAPIE FAMILIALE DU SYNDROME D'ALIENATION PARENTALE (DE TYPE MODÉRÉ)
RICHARD A. GARDNER
copyright 1999, The American Journal of Family Therapy 27(3):195-212
Departement de Psychiatrie Infantile Columbia University, College of Physicians
and Surgeons, NYC, USA
Chacun des trois types du Syndrome d'Aliénation Parentale (PAS) justifie une
approche thérapeutique particulière. Parce que le PAS est un problème familial,
la thérapie familiale est généralement justifiée -- séparation, divorce, et
même néanmoins litige. De plus, des modifications majeures des approches
traditionnelles de thérapie familiale sont justifiée s’il n'y aucune chance de
succès dans le traitement de la famille PAS. Le soutien total du tribunal est
particulièrement important pour la rigueur du thérapeute et des méthodes
autoritaires nécessaires pour le traitement de ces familles. Sans un tel
soutien, le thérapeute n'est pas certain de réussir. Nous décrivons ici les
techniques thérapeutiques spéciales justifiées pour le traitement de familles
dans lesquelles le PAS est de type modéré.
___________
Le Syndrome d'Aliénation Parentale (Gardner, 1985, 1986, 1987a, 1987b, 1989,
1992a, 1998a) est un trouble psychiatrique qui survient dans le contexte de
litiges conflictuels pour la garde d'enfant, en particulier quand le conflit se
prolonge avec acrimonie. Il y a trois types de syndrome d'aliénation parentale,
dont les différents diagnostics sont cruciaux pour traiter correctement le
trouble. Dans le tableau I les manifestations primaires de chacun des trois
types sont décrites. Dans cet article, je me préoccupe du traitement du SAP de
type modéré. Parce que le PAS est un problème familial, une approche de
thérapie familiale est justifiée --séparation, divorce, et néanmoins litige.
STRUCTURE DE BASE DU PROGRAMME THERAPEUTIQUE
Pour travailler avec les familles PAS, il est important qu’un seul thérapeute
soit utilisé. Ce n’est pas une situation dans laquelle la mère devrait avoir
son thérapeute, le père le sien, et les enfants le leur. Un tel programme, bien
qu’il semble respecter les besoins des individualités ne convient pas aux
familles PAS. Les thérapeutes qui traitent les enfants PAS individuellement
doivent être rigoureux et séduits dans la croyance que leurs patients ont
réellement été sujets aux humiliations que les enfants PAS sont si habilités à
décrire. Et le même principe tient pour les thérapeutes qui travaillent
individuellement avec le parent programmeur. Le thérapeute a besoin d’être en
contact avec les deux parents. Il a besoin de l’information du parent victime
pour apprendre directement combien sont inappropriés et ridicules les plaintes
des enfants. Et le thérapeute a besoin du contact direct avec l’aliénateur pour
observer directement les manipulations parentales. C’est seulement en traitant
tous les membres de la famille, individuellement et dans toutes les
combinaisons, que l’on peut obtenir une appréciation complète de la
psychodynamique des familles PAS.
Il est important aussi que le traitement soit ordonné par un tribunal et que
les thérapeutes aient un contact direct avec le juge. Ceci peut souvent être
facilité par l’utilisation d’un GAL ou d’un avocat de l’enfant qui a l’occasion
de communiquer directement avec le tribunal. Le parent aliénant doit être
pleinement conscient que tout obstruction au traitement ou interférence avec le
programme de visite doit être immédiatement rapporté au juge, soit directement
par le thérapeute, ou par le GAL. Le tribunal doit décider d’imposer des
sanctions aux récalcitrants, c’est à dire des amendes, transfert de garde, ou
même incarcération. Si le tribunal ne décide pas de telles sanctions, alors la
thérapie se révélera inutile.
Les thérapeutes qui travaillent avec les familles PAS doivent être à l’aise
avec les comportement autoritaires. Il n’y a pas de place dans de tels
traitements en attendant l’adhésion des patients. C’est vrai en particulier
quand le thérapeute négocie avec le parent aliénant. Le thérapeute qui ne peut
pas changer de rôle et être à l’aise avec la rigueur, l’attitude autoritaire ne
peut pas traiter de telles familles. De plus, le thérapeute doit être à l’aise
avec le programme de traitement dans lequel il y a une modification de la
confidentialité traditionnelle. En particulier, le thérapeute doit avoir les mains
libres pour révéler, à sa discrétion, toute information divulguée dans le
traitement aux parties extérieures telles que les avocats des deux cotés , le
GAL, et le tribunal. Sans une telle liberté, la thérapie s’avérera inutile.
LE PROGRAMME DE SANCTIONS JUDICIAIRES
Avant de commencer le traitement, le thérapeute doit avoir une idée claire
correspondant exactement à ce que sera le soutien du tribunal. Toutes ces
sanctions possibles doivent être clairement énoncées dans l’ordonnance du
tribunal. Comme avec le thérapeute impartial du tribunal, la communication
directe avec le juge est possible afin de clarifier ce problème. De tels
thérapeutes doivent savoir exactement quelles menaces ils peuvent utiliser pour
affirmer leurs suggestions, instructions ou même manipulations. Je n’hésite pas
à utiliser le mot menaces. La vie est pleine de menaces. Si on ne paye pas les
factures ménagères, les services sont arrêtés. Si quelqu’un ne montre pas
d’entrain pour le travail, il finit par être licencié. Sans menaces, il n’y
aurait pas de société civilisée organisée. Et une thérapie traditionnelle a ses
menaces, c’est-à-dire : " si vous ne payez pas les factures, je
considérerai sérieusement un traitement discontinu ". " Si vous ne
coopérez pas au traitement que je prescris, je ne pense pas pouvoir vous aider
". C’est dans le cas des familles PAS que les menaces sont cruciales. Des
menaces vides ne sont pas seulement une perte de temps mais compromettent le
traitement. Les menaces qui ont peu de possibilités de réalisation donnent au
thérapeute une réputation de faiblesse et d’impotence et compromettent
significativement la probabilité que le traitement opère. Afin que les menaces
agissent, le thérapeute doit être mandaté par le tribunal. Autrement, les
menaces du thérapeute n’ont aucun sens.
En général, les menaces nécessaires pour le traitement des familles PAS
s’appuient sur une hiérarchie, et le thérapeute doit les poser dans l’ordre de
la plus légère à la plus sévère. Une menace légère serait simplement que le thérapeute
rapportera le manque de coopération du parent au tribunal. Une menace de plus
haut niveau impliquerait une réduction de la pension alimentaire que le parent
aliéné doit payer au parent aliénant.
Evidemment, il y a des limites à cette menace car on ne peut pas entraver les
manœuvres du parent manipulateur ou induire des privations qui nuiraient aux
besoins élémentaires de l’enfant. Evidemment, cette menace sera moins efficace
pour les mieux nantis que pour les plus nécessiteux. Aussi, cette menace n’est
pas viable quand le parent aliéné ne donne pas d’argent à l’aliénateur.
Quelquefois, une astreinte financière à chaque négligence pour présenter
l’enfant sera nécessaire pour la coopération du parent aliénant. La menace de
transfert permanent de l’enfant vers la garde du parent victime (avec droit de
visite du parent aliénant) peut quelquefois être invoquée.
La plus forte menace est la prison. Ces dernières années, les pères sont
communément mis en prison pour défaut de pension alimentaire, mais je n’ai
aucune expérience personnelle de mères mises en prison pour ne pas avoir rempli
leur devoir d’obligation de visite de l’enfant à son père. Bien que j’aie à
répétition recommandé de telles règles aux tribunaux, je n’ai pas eu le succès
de convaincre les juges que c’est le seul " traitement " qui
fonctionnerait. On peut commencer par l’arrestation, dans laquelle le parent
aliénant serait mis en prison s’il est trouvé hors de son domicile au cours de
la période prescrite, à savoir le créneau horaire du week-end de visite ordonné
par le tribunal. Si ceci ne prouve pas son efficacité, alors l’étape suivante
sera le bracelet électronique qui communique avec le commissariat local.
L’étape suivante est l’incarcération formelle dans la prison locale. Habituellement
de courtes périodes suffisent pour aider le parent aliénant à se "
rappeler " de présenter les enfants aux heures désignées.
LE PARENT ALIENANT
Les aliénateurs de la catégorie de PAS modéré trouveront leur propre thérapeute
avec qui développer une émulation dans laquelle le thérapeute (consciemment ou
inconsciemment) deviendra l’entraîneur de la manipulation dans le conflit. Les
parents de cette catégorie ont le choix de thérapeutes qui soutiendront leur
antagonisme avec le parent cible. Mon expérience m’a montré que c’est plus
souvent le cas des mères aliénatrices que des pères aliénants. Plus
généralement, de telles mères manipulatrices choisissent une femme thérapeute –
en particulier une femme qui est en général opposée aux hommes. Typiquement, le
thérapeute de la mère a peu, sinon aucun contact avec le père et se prive de
l’occasion d’apprécier la situation. Quand de tels thérapeutes le rencontrent,
alors ils sont particulièrement hostiles et peu sympathiques. La mère et le
thérapeute développent alors une relation de "folie à deux".
Cependant, si on considère le fait que le parent manipulateur a déjà une
relation de folie à deux avec l’enfant, cette addition d’un tel thérapeute
justifie le terme de folie à trois pour cette occasion. Bien que le tribunal ne
souhaite souvent pas priver la mère de ce thérapeute, ceci empêche l’enfant
d’être "traité" par elle (comme je l’ai mentionné , le thérapeute est
rarement un homme). Même si le tribunal ordonnait au thérapeute de la mère de
stopper le traitement, elle trouverait probablement un autre thérapeute qui la
soutiendrait naïvement dans son processus de manipulation. Alors, je ne
recommanderai généralement pas que le tribunal ordonne l’arrêt du traitement de
la mère avec un thérapeute avec lequel elle est engagée pathologiquement. Le
tribunal doit ordonner à la mère de voir le thérapeute du tribunal, même si les
manœuvres pour entraver la thérapie ordonnée peuvent être significativement
soutenues par son propre thérapeute.
Typiquement, les manipulateurs PAS de la catégorie modérée refuseront de
s’investir dans le traitement spécial décrit ici ou, s’il montrent quelque
intérêt, ils seront non-coopératifs, obstructionnistes, et feront tout ce qui
est possible pour saboter la thérapie. Ils pourront manifester intérêt et
coopération, mais leur comportement montrera le contraire. Rand (1997a) affirme
que les parents induisant un PAS " peuvent créer une façade demandant paix
et coopération, alors qu’ils continuent leur campagne d’agression et sabotage
".
Le thérapeute devrait faire tout son possible pour trouver un " cheval de
Troie " sain du coté de la famille de l’aliénateur. Quelquefois, la mère
de l’aliénateur, le père, un frère ou une sœur peut assurer cette fonction. On
cherche une personne qui est consciente que l’aliénateur " va trop loin
" au regard de l’animosité qu’elle (il) affiche à l’égard de l’époux(se)
et entretient l’aliénation de l’enfant. Si une bonne relation existait entre
les parents de la victime et les parents de l’aliénateur avant la séparation,
le thérapeute peut persuader les parents de la victime de parler aux parents de
l’aliénateur. Quelquefois les réunions de famille dans lesquelles les deux
parents et les quatre grands parents sont présents peuvent être utile. La mère
de l’aliénateur peut être une alliée thérapeutiquement très puissante si le
thérapeute est capable de s’associer sa coopération. Je ne pourrais pas
insister suffisamment sur l’importance des tentatives du thérapeutes pour
chercher un tel allié du coté de la famille l’aliénateur. De tels individus
peuvent quelquefois ramener les manipulateurs à la raison et les persuader de
"s’assouplir" et considérer combien leurs manœuvres sont
préjudiciables aux enfants. De nombreuses parties qui peuvent apprécier le comportement
inadapté du parent manipulateur choisissent une position "ne voulant pas
être impliqués". Dans quelques cas, ces personnes craignent que si elles
ne soutiennent pas la position de l’aliénateur, elles deviendront aussi les
cibles de la même colère que celle dirigée contre le parent victime. Le
thérapeute a raison d’essayer d’accéder à ces personnes et de leur faire
comprendre que leur neutralité peut desservir terriblement les enfants. Je n’ai
pas de problème pour culpabiliser ces personnes si cela peut servir à faciliter
leur association au traitement thérapeutique.
La plupart de ces aliénateurs dans la catégorie de PAS modéré ne sont pas
réceptifs à la thérapie introspective dans laquelle ils recherchent les raisons
de cette animosité exagérée. Il y a cependant quelques manipulateurs PAS de
cette catégorie qui s’investissent vraiment de manière significative dans le
traitement thérapeutique. Au niveau le plus superficiel, on essaye de leur
faire apprécier l’importance du rôle de l’autre parent dans l’éducation des
enfants et de reconnaître que leurs manipulations génératrices de PAS, bien
qu’elle causent préjudice au parent victime, contribuent à la psychopathologie
des enfants. De nombreux générateurs de PAS ont été si aveuglés par leur colère
qu’ils n’ont pas apprécié l’effet évident de leur compagne de dénigrement et
leurs techniques d’exclusion.
Quelquefois, la colère de l’aliénateur vient de la jalousie que le parent
calomnié a une nouvelle liaison et pas l’aliénateur. Une telle jalousie est un
facteur contribuant au programme établi pour assouvir leur vengeance contre
l’ancien conjoint en le privant des enfants, son bien le plus cher. Un autre
facteur qui contribue souvent à la campagne PAS de l’animosité est le désir de
l’aliénateur de maintenir une relation avec l’autre conjoint. Générer un PAS
chez l’enfant ne peut pas être accompli par une simple manœuvre. Cela nécessite
de continuelles interventions, des ajustements, et "des salves de tirs
fournis". Le trouble ainsi engendré assure un investissement assidu, des
accusations et contre-accusations, des attaques et contre-attaques. La plupart
des gens, confrontés à choisir entre l’abandon total et l’investissement
hostile choisiront la relation belliqueuse. Le générateur du PAS démontre bien
ce point. Au niveau où on peut aider un tel parent à "rassembler les
éléments de sa vie" et constituer de nouveaux centres d’intérêt et
d’activité, on tendra à réduire cet élément à la colère. La meilleure
expérience thérapeutique que ce parent peut avoir est de rencontrer un nouveau
compagnon avec qui elle (il) s’impliquera profondément et constituera une
relation forte.
Les facteurs économiques peuvent contribuer à la colère PAS de la mère. Les
femmes divorcées souffrent généralement plus des privations financières que
leur mari. C’est un facteur contribuant couramment à la colère qui alimente les
PAS. Si le thérapeute a des raisons incontestables de croire que la mère a été
" court-circuitée " dans la décision, alors, l’intervention d’un
professionnel (de comptables et de juristes professionnels) peut être
justifiée. Dans ce cas, le thérapeute doit informer le tribunal (préférablement
par courrier avec copies aux parents et à leurs avocats) et il (elle) a de
bonnes raisons de croire que le partage des biens et la décision financière
n’ont pas été clairs, et que les privations injustifiées de la mère contribue à
la colère qui perpétue le PAS, et qu’une décision plus égalitaire aurait un
effet thérapeutique sur tous. Les thérapeutes doivent apprécier qu’ils ne sont
ni comptables , ni juristes financiers et ce qui peut apparaître à la mère
comme une décision douteuse peut, dans les faits ne pas l’être. Alors, le
thérapeute ne doit pas tirer ses propres conclusions en la matière, mais
confier cela aux experts appropriés.
La surprotection maternelle est un facteur commun produisant un PAS chez les
enfants. De telles mères voient le monde comme un lieu dangereux et le père
peut être vu comme une source potentielle de danger pour les enfants.
L’allègement therapeutique de la surprotection, alors, peut se révéler utile
pour réduire une telle propension de la mère à engendrer un PAS chez ses
enfants. Si la mère a des problèmes d’inhibition sexuelle qui résultent dans la
projection de ses pulsions sexuelles de telle sorte qu’elle profère de fausses
accusations d’abus sexuel, ce problème doit aussi être considéré (Gardner,
1996). Toutes les sources de colère, relatives ou non à l’époux, doivent être
examinées – en particulier si elles convergent dans une colère étant canalisée dans
la vengeance et une colère dirigée vers le parent victime.
J’ai été consulté dans de nombreux cas dans lesquels les mères de la catégorie
modérée ont décidé subitement qu'elles voulaient déménager vers un autre Etat.
Elles devenaient subitement "malades de leur domicile", après de
nombreuses années de vie confortable dans l’endroit où leurs enfants avaient
été élevés. Certaines décidaient subitement qu’elles voulaient s’éloigner (avec
les enfants bien sûr) du lieu des conflits de garde (y compris de l’Etat) et
"repartir à zéro" ou/et "se retrouver" en un autre lieu.
Certaines revendiquent une meilleure activité professionnelle en cet autre
lieu. Le thérapeute doit examiner soigneusement les raisons des décisions de
ces déménagements soudains. Bien sûr, ce sont des femmes qui ont rencontré une
nouvelle personne, et dont l’installation avec cet individu n’est possible que
si elles déménagent. Et ce sont évidemment des femmes qui ont de meilleures
opportunités professionnelles ailleurs. Cependant, quand il y a un PAS, le
thérapeute doit conduire une enquête détaillée et être très suspicieux à
l’égard de la justification de ce déménagement. Quand il est évident que cette
décision est encore une autre manœuvre éliminatoire dans le contexte du PAS,
alors le tribunal doit être conseillé d’informer la mère qu’elle est libre de
quitter l’Etat quand elle le veut (comme tout autre adulte). Cependant elle
doit reconnaître (comme si elle ne l’avait pas apprécié) que les enfants
resteront dans leur lieu d’origine avec l’époux méprisé comme gardien
principal. Ces dernières années, les tribunaux ont accepté de manière
croissante de telles requêtes des mères (beaucoup moins quand il s’agit de
pères) et ceci, je le crois, est une tendance malheureuse. J’ai commenté ce phénomène
par ailleurs (1998b).
LES ENFANTS
Le thérapeute du tribunal doit avoir les nerfs solides et être capable de
tolérer les hurlements et les revendications de maltraitances imminentes que
les enfants PAS exercent/décident souvent. Faire ce que les enfants décident
n’est pas la même chose que ce qui est le mieux pour eux. Les thérapeutes qui
croient qu’ils doivent "respecter" leurs jeunes patients et accéder à
leurs désirs desservent terriblement les enfants PAS. Les mêmes thérapeutes ne "respecteraient"
pas les enfants s’ils refusaient un vaccin, alors qu’ils respectent le souhait
de l’enfant de ne pas visiter un parent qui ne montre aucune évidence
significative d’abus, de maltraitance ou de négligence. (De nouveau, je saisis
ici l’opportunité de répéter ce que j’ai répété avec insistance
précédemment)[Gardner, 1992a, 1998a], que lorsque l‘innocence est abusée, le
diagnostic de PAS n’est pas applicable. Le thérapeute doit rappeler qu’avant la
séparation, les enfants avaient une bonne et forte relation avec le parent
cible et que les liens psychologiques forts doivent encore être présents. Alors
le thérapeute doit voir l’animosité manifestée par les enfants PAS comme
superficielle et destinée à s’assurer les bonnes grâces du parent aliénant.
Prendre au sérieux les allégations de mauvais traitement est un préjudice
terrible pour les enfants PAS. Cela contribuerait à une fixation du PAS et
pourrait conduire à l’aliénation pour des années sinon pour la vie.
De même, quand une allégation d’abus sexuel fabriquée (et non de bonne foi) a
été introduite, si le thérapeute est convaincu qu’elle est fausse (en
particulier après une évaluation minutieuse [Gardner, 1995]), alors il (elle)
doit ne pas permettre aux enfants d’insister. Typiquement, avec le temps, de telles
fausses allégations s’accumulent, de nouvelles allégations augmentent quand les
anciennes ne résultent pas sur le parent cible dans la privation totale d’accès
à l’enfant. En conséquence, c’est antithérapeutique de les écouter. Au
contraire, c’est thérapeutique de dire : " ceci n’a pas eu lieu ! Alors
laissez nous continuer de parler des choses vraies, comme de la dernière visite
avec votre père ". Une fausse accusation d’abus sexuel devient une partie
intrinsèque du PAS et peut devenir une formidable amplification. Cependant,
c’est au delà des propos de cet article de discuter en détails de
l’incorporation des allégations d’abus sexuel dans le PAS. Cette importante
dimension , cependant, a été débattue ailleurs (Gardner, 1987a, 1991, 1992a,
1992b, 1993a, 1993c, 1995, 1996, 1998a).
Les thérapeutes doivent apprécier si les enfants PAS ont besoin d’eux comme
excuse pour rendre visite au parent victime. Quand ils sont " forcés
" par le thérapeute de visiter le parent aliéné, les enfants PAS peuvent
dire au manipulateur que le thérapeute est mesquin, cruel, etc., et qu’ils ne
veulent pas voir le parent méprisé mais que c’est le thérapeute qui "les y
oblige". Et le juge doit apprécier qu’il (elle) doit aussi remplir cette
fonction pour les enfants. Avec une décision de justice, elle peuvent dire à
l’aliénateur : " Je déteste vraiment mon père (ma mère), mais ce juge
stupide m’oblige à le(la) voir ". Je n’insisterai jamais assez sur ce
point. Ne pas considérer ce principe est l’une des erreurs les plus courantes
faites par les thérapeutes impliqués dans le traitement d’enfants PAS. En
particulier, ils oublient de considérer que les enfants veulent actuellement
être forcés à la visite pour avoir des excuses d’y aller, et une telle excuse
implique nécessairement des plaintes à l’égard de la coercition et des cruelles
manipulations du thérapeute. Les enfants auront beaucoup moins tendance à
utiliser de telles excuses quand une réelle menace de sanctions a été ordonnée
par le tribunal et que les enfants ont été informés, à un degré relatif à leur
âge et leur niveau de compréhension, qu’il y aura des conséquences pénales pour
l’aliénateur s’ils ne respectent pas les visites. Dans de telles circonstances,
le parent manipulateur peut commencer à contraindre les enfants aux visites
pour se protéger des conséquences d’être dans le collimateur du tribunal. Alors
qu’auparavant les déclarations du manipulateur visant à ce qu’ils respectent
les visites étaient feintes et hypocrites, quand des sanctions significatives
ont été ordonnées par le tribunal, ces manipulateurs ne peuvent plus plaisanter
quand ils forcent les enfants à la visite car ils considèrent que le tribunal
est sérieux et qu’ils vont subir de graves conséquences (y compris
l’arrestation et l’incarcération) si les enfants ne respectent pas les visites.
Alors, c’est non seulement les enfants qui répondront aux menaces du tribunal,
mais aussi l’aliénateur.
L’échange suivant a eu lieu dans le contexte d’une discussion que j’ai eue avec
Sally, une enfant PAS de six ans qui refuserait de rendre visite à son père
pour le week-end (ordonnée par le tribunal),mais acceptait de le voir une heure
ou deux. Cette décision, bien sûr, représentait un compromis entre les requêtes
de ses deux parents.
Gardner: Que ferais-tu si le juge disait que si tu ne vois pas ton père pour un
week-end, il arrêtera la pension alimentaire pour ta mère pour cette semaine ?
Sally: Je ne le verrai pas. Je travaillerai et lui donnerai tout l’argent.
Gardner: Suppose qu’il dise que si vous ne le voyez pas, il stoppera la pension
alimentaire pour toujours. Et il aura tout l’argent. Sally: Nous (Sally et ses
deux frères) trouveront tous du travail. Gardner: Suppose que le juge dise que
si vous ne voyez pas votre père tout le week-end, il mettra votre mère en
prison pour ce week-end ? Sally: Ma mère dit qu’elle irait en prison pour moi
si je ne me sens pas bien avec lui et ne veux pas y aller. Gardner: Suppose que
le juge dise : "Je la mettrai en prison à moins que tu y ailles et je la
laisserai en prison jusqu’à ce que tu y ailles !." Sally: Je pense que je
devrais y aller!
C’est un classique échange PAS. L’enfant est seulement "mal à l’aise
" et a seulement un vague sens des raisons pour lesquelles elle ne veut
pas rendre visite à son père. Sans ces directives, elle préférera subir pour
elle et sa mère ces restrictions draconiennes. Cependant, au pied du mur, quand
on lui dit que sa mère ira en prison tant qu’elle refusera de rendre visite à
son père, Sally se soumet docilement. Les enfants PAS ont besoin de cette
excuse. Ils ont besoin de dire à leur manipulateur qu’ils haïssent le parent
victime. Et qu’ils accepteront seulement de respecter les visites pour protéger
le manipulateur des sanctions du tribunal. Les enfants ont besoin d’être
conscients de ces menaces des sanctions du tribunal et même de connaître les
sanctions qui ont été actuellement entérinées. Souvent, ces menaces ne sont pas
suffisantes et une sanction entérinée peut amener l’aliénateur et les enfants à
considérer le fait que le tribunal "ne plaisante pas". Si le tribunal
ne veut pas ordonner de telles sanctions, et si le tribunal ne veut pas les
imposer, si les avertissements du tribunal ne sont pas suivis, alors, la
position des thérapeutes est considérablement affaiblie et le programme
thérapeutique complet se révélera inutile.
Afin de justifier leur visite au parent calomnié, les enfants PAS peuvent
saisir plusieurs excuses. Ces rationalisations, ils espèrent, convaincront
leurs manipulateurs d’approuver leur visite au parent étrange. Un parent PAS
m’a dit : " la seule raison pour que je le vois est l’argent. Alors j’y
vais pour qu’il me donne de l’argent". Un autre enfant dit : " Mon
père dit qu’il ne nous donnera plus d’argent si je ne vais pas le voir. C’est
pour cela que j’y vais. Si je n’y vais plus, nous serons tous affamés à
mort."
Le thérapeute doit aussi apprécier que l’aîné exerce la manipulation sur les
plus jeunes. Mon expérience m’a montré que les aînés sont les premiers à
exercer des manifestations PAS et ensuite les troubles arrivent progressivement
vers les plus jeunes. En particulier, à chaque instant où l’on voit les
différents degrés d’aliénation chez les enfants, même au point où le diagnostic
de l’aîné est sévère, celui du cadet est modéré, et du plus jeune léger.
Waldron and Joanis (1996) ont aussi décrit ce phénomène. Et les aînés ont
tendance à manipuler les plus jeunes pendant les visites chez le parent cible.
Le manipulateur peut alors avoir confiance en son (sa) complice pour
"superviser" les plus jeunes dans le camp ennemi. Ces aînés sont
désignés comme "chefs d’équipe". Ils peuvent entraîner les autres
enfants jusqu’à l’insolence, la rupture, l’obstruction et engager une grande
variété d’autres activités pour exprimer la colère de l’aliénateur.
A cause de la séparation, le parent manipulateur a moins d’accès au parent
cible. Une bonne façon de se réjouir de la libération d’une telle colère est de
téléguider les enfants pour qu’ils agissent hors de la colère de l’aliénateur
au domicile de l’aliéné. Les aînés ne vont pas seulement prendre le rôle de
remplaçant du manipulateur, mais peuvent aussi bien assumer d’autres rôles
parentaux. Ceci se produit parce que le parent calomnié est souvent vu comme un
incompétent et ainsi quelqu’un doit remplir son vide. Ou alors, le parent cible
est considéré comme dangereux, et ainsi quelqu’un doit protéger les plus
jeunes. Au cours de ce "parrainage," l’aîné des enfants répète mot à
mot les directives PAS du manipulateur, c’est-à-dire , "Ce n’est pas un endroit
sain " , " Tu dois le tenir à l’œil [le père aliéné] ",
"Encore une fois, il nous donne moins d’argent qu’il donne à sa
compagne". Quelques aînés PAS peuvent aussi échafauder des "actes
intérieurs" dans la maison du parent dénigré, c’est-à-dire, voler de
l’argent au parent aliéné et encourager la destruction de ses biens. Le mot
sabotage est un terme approprié pour de telles manœuvres.
Une approche "diviser pour mieux régner" est en général justifiée
dans les situations dans lesquelles les aînés manipulent les plus jeunes pour
saboter les visites, provoquent le parent cible, et lui causent des ennuis de
diverses manières. Ceci est mieux réalisé en exigeant que les enfants visitent
séparément – ou tout au moins séparés des manipulateurs aînés – jusqu’à ce que
tous ils (y compris le parent aliénant) aient acquis l’expérience que les
terribles conséquences de rester avec le parent cible ne sont pas réalisées.
Par exemple, une sœur aînée peut programmer ses deux jeunes frères pour leur
faire croire que leur père est dangereux et nocif. Quand ils visitent leur père
et relâchent leur garde, elle peut rapidement rappeler à ses jeunes frères les
indignités qu’ils auraient subies chez lui. Organiser les visites de telle
sorte que les sœurs visitent séparément de leurs frères (au moins un certain
temps) est le meilleur moyen de traiter cette sorte de problème. Nous voyons
ici un bon exemple de l’aspect important de la thérapie des familles PAS, qu’on
gagne moins en infiltrant les façons de penser des membres de la famille et on obtient
plus en organisant les situations et en fournissant aux individus leur
expérience propre.
Les fois où les enfants sont transférés du domicile du parent aliénant à celui
du parent victime peuvent être particulièrement difficiles pour les enfants PAS.
C’est alors (quand les deux parents et les enfants sont ensemble) que les
conflits de loyauté deviennent les plus intenses et que les symptômes PAS sont
les plus sévères. Dans cette situation – avec l’aliénateur observant
directement les enfants -- Ils résisteront mieux en allant avec le parent
victime et gagneront prévisiblement le soutien du manipulateur (ouvertement ou
non) par leur résistance. Des arrangements alternatifs de transition doivent
alors être imaginés, arrangements qui ne placeront pas les enfants en une
situation dans laquelle ils sont avec le père et la mère en même temps.
Une bonne transition est le bureau du thérapeute. Le parent manipulateur prend
les enfants, passe quelques instants avec eux et le thérapeute, et ensuite
rentrent à la maison —laissant les enfants seuls avec le thérapeute. C’est
important que le parent aliénateur quitte le bureau du thérapeute et n’attende
pas (même dans la salle d’attente) que le parent cible arrive. Laisser le
parent aliénant rester à proximité sabotera cet arrangement transitoire et
finalement l’ensemble du traitement thérapeutique. Le thérapeute passe alors du
temps avec les enfants seuls. Ensuite, le parent cible arrive, passe du temps
avec les enfants et le thérapeute, et ensuite les emmène chez lui (elle). Une
autre option pour le transfert est d’utiliser un intermédiaire vraiment
impartial, avec qui les enfants ont une bonne relation, qui prenne les enfants
au domicile de l’aliénateur et les amène au domicile du parent cible. Un GAL,
ou un tiers neutre (difficile à trouver), peut servir dans ce rôle.
Dans certaines familles, les enfants s’en sortent mieux avec une extension
progressive des visites relativement restreintes que le tribunal aurait
décidées auparavant à l’égard du parent insulté. Dans de nombreux cas, le
tribunal reconnaît que les restrictions du strict programme de visites
précédent et, a fait savoir à toutes les parties qu’il souhaitait une
extension. Idéalement, le thérapeute devrait avoir la liberté de prendre les
décisions au seul regard de la quantité d’extension et de sa progressivité.
C’est peu pratique (et évidemment très cher et long) de retourner au tribunal à
chaque fois qu’une modification du programme de visite doit avoir lieu. En de
rares exceptions, au cours d’une telle extension, les parents manipulateurs de
PAS se plaindront que le thérapeute va trop rapidement et ne donne pas aux
enfant assez de temps pour s’adapter. Quand ils supervisent empiriquement de
telles visites, les thérapeutes doivent se fier à leur propres observations des
enfants après les visites et reconnaître que les rapports étant donnés par les
parties sur ce qui s’est réellement passé pendant les visites ne serait pas
parfaitement exact. C’est une sérieuse erreur pour les thérapeutes d’autoriser à
contrôler les manipulateurs de PAS dans le ralentissement et même l’arrêt de
l’extension de droit de visite. Une mère PAS a vu ces extensions empiriques
comme des "expériences" sur ses enfants et affirmé "Je ne vais
pas soumettre mes enfants à ces expériences. Ce ne sont pas des cobayes ".
Dans un programme thérapeutique sain ordonné par le tribunal, une telle mère
n’aurait aucun choix que d’autoriser les enfants à " expérimenter cette
expérience ".
Les thérapeutes doivent voir un aspect du traitement des enfants comme un
simple "débriefing" et une " déprogrammation ". Les
principes utilisés sont semblables à ceux injectés aux prisonniers de guerre
qui furent contaminés par la propagande ennemie et ont subi un lavage de
cerveau véhiculant publiquement la haine du pays pour lequel ils combattaient à
l’origine. Un exemple de cela est le lavage de cerveau des prisonniers de
guerre américains par leur geôliers nord-coréens durant la guerre de Corée. De
même pour la forme de manipulation utilisée avec les jeunes enfants qui furent
endoctrinés de force dans les cultes religieux qui ont attiré des enfants à
l’écart de leurs familles. Par exemple, les jeunes enfants qui ont été enrôlés
dans la secte Moon dans les années 70. De même une manipulation fut essayé plus
récemment pour ceux qui ont retenu les otages en Iran. On doit essayer d’aider
les enfants PAS à réaliser qu’ils ont subi un lavage de cerveau. Evidemment,
les aînés réaliseront mieux que les plus jeunes. Quelquefois la cristallisation
sur des accusations absurdes et futiles peur aider l’enfant PAS à prendre
conscience de cette intrusion. C’est aussi utile de dire les lignes suivantes :
Je ne demande pas d’être pris au pied de la lettre. Je veux que tu fasses tes
propres observations. Je veux que tu penses à ce qui s’est passé au cours de la
dernière visite avec ton père et demande toi si ce que dit ta mère est
réellement arrivé. Pendant ta prochaine visite, je veux que tu restes les yeux
ouverts et tire tes propres conclusions pour savoir si oui ou non ces dangers
et pratiques existent. Tu dis que tu es assez âgé et assez intelligent pour
tirer tes propres conclusions. OK, les personnes intelligentes tirent les
conclusions sur la base de leurs propres observations, pas sur des affirmations
faites par d’autres—quels qu’ils soient. Juste comme je te l’ai dit avant de me
donner la preuve de ce que tu crois sur la base de ce que tu as vu dans le
passé, je veux que tu me donnes des preuves la prochaine fois, après ta
prochaine visite, sur la base de ce que tu as vu toi-même et expérimenté.
Je passe sur les quelques situations dans lesquelles les enfants et les
familles furent séparées à la suite du succès des tentatives d’aliénation du
manipulateur. En particulier, un ou plusieurs enfants furent manipulés avec succès,
et un ou plusieurs ne le furent pas. J’ai aussi vu des cas dans lesquels la
mère a réussi à manipuler un ou plusieurs enfants, et le père à manipuler un ou
plusieurs enfants. Cette guerre civile résulta en deux camps divisés. Une
manœuvre (j’hésite à la qualifier de thérapeutique) que le thérapeute peut
utiliser dans ces situations est de négocier un "échange." Les
enfants au domicile A visiteront seulement le domicile B si les enfants du
domicile B visitent le domicile A. Ou plus spécifiquement, si la mère veut voir
les enfants qui vivent au domicile du père, alors elle doit autoriser les
enfants à son domicile à rendre visite à leur père. Cette nécessité doit être
dictée par une décision de justice. La décision du tribunal sert à donner des
" excuses " aux enfants pour les visites. Je me réfère parfois à ce
programme d’ " échange de prisonniers ".
Les conséquences évidentes d’un tel arrangement sont que les enfants sont
vraiment utilisés comme des pions d’un jeu d’échecs, et ceci ne devrait pas mais
est psychologiquement préjudiciable. Mon expérience limitée de telles
situations m’a conduit à la conclusion que leurs avantages l’emportent sur les
inconvénients. Comme c’est vrai dans la plupart des divorces conflictuels, il
n’y a pas une bonne et une mauvaise solution. Mais nous devons considérer ce
qu’il y a de moins préjudiciable parmi toutes les solutions préjudiciables
disponibles. Je considère un arrangement en alternance moins préjudiciable que
pas de droit de visite. Comme il est mentionné, un lien psychologique, aussi
fort soit-il, peut seulement tolérer un certain degré d’atténuation au delà
duquel il est détruit complètement.
Quand il travaille individuellement avec les enfants PAS, le thérapeute doit
les décourager de "passer de la pommade à" chaque parent et dire à
chacun ce qu’il pense qu’un parent veut entendre à chaque instant. Dans les
entretiens familiaux le thérapeute doit "dénicher" les mensonges.
Ceci sera beaucoup mieux réalisé lors des entretiens familiaux que lors des
entretiens particuliers. Les thérapeutes doivent exprimer leur incrédulité par
rapport aux calomnies des enfants envers le parent cible. Ils ne doivent pas
prendre au sérieux les accusations des enfants, refuser rapidement et ne pas
tenir compte des accusations des enfants qui sont évidemment fausses, et
doivent alors aborder d’autres sujets. Cependant, après les visites chez le
parent aliéné, ils doivent insister auprès des enfants que leur vision de
l’autre parent comme un ogre n’est pas conforme aux visites. Le thérapeute doit
apprécier que, tant que dure le litige, un travail direct avec les enfants sera
difficile et l’apaisement complet des symptômes PAS ne sera pas possible. En
conséquence, lors de ses communications avec le juge , le thérapeute doit
toujours lui rappeler le fait que plus le litige durera longtemps, moins le
traitement aura de chances de réussir.
Une fois que le tribunal a pris une décision finale que les enfants resteront
auprès du parent avec lequel ils ont la relation la plus solide, les liens
psychologiques les plus sains (le plus souvent avec la mère), alors les enfants
sont souvent capables de se débarrasser de leurs scénarios PAS de dénigrement.
C’est en particulier le cas dans les cas moyens de PAS et de la plupart des
enfants de la catégorie modérée. C’est un point très important. Les enfants
développent leur campagne de dénigrement par désir de maintenir le lien
psychologique avec lequel ils ont été le plus profondément lié. Le litige de
garde a menacé de la rupture de ce lien. Dès que le tribunal a statué que les
enfants doivent vivre prioritairement avec le parent avec lequel il sont
profondément liés, ils peuvent être apaisés et s’autoriser à apprécier une
relation plus spontanée avec le parent cible. En résumé, les décisions du tribunal
préviennent les symptômes et peuvent souvent les éviter. Ce serait une erreur
pour le lecteur de conclure qu’une disparition instantanée des symptômes suit
systématiquement la décision du tribunal. Plus la durée de manipulation est
courte, et plus cela a des chances de se produire. Au contraire, s’il y a eu
plusieurs mois, voire plusieurs années de manipulation, la décision du tribunal
ne sera pas aussi rapidement efficace. La manipulation a été profondément
ancrée dans les circuits du cerveau des enfants et ne va pas s’évaporer aussi
rapidement. Seulement avec le temps, l’expérience , et des thérapies plus
avancées il y aura quelque chance d’allégement des symptômes dans ces
circonstances.
LE PARENT ALIENÉ
Les parents victimes de PAS sont souvent complètement abattus quand ils voient
ce qui est arrivé à leur famille. L’aliénation peut être arrivée comme
"des cheveux sur la soupe," et on pourra spéculer fébrilement sur ce
qui s’est passé. C’est comme si un jour ils avaient des enfants chaleureux et
affectueux et le lendemain ils sont victimes de perpétuels calomnies et
dénigrements. Alors, après qu’une enquête détaillée ait été conduite et le
diagnostic confirmé, le thérapeute devra expliquer le procédé par lequel le PAS
s’est développé. Sans une telle évaluation, les explications seront seulement
des spéculations. Le vieil espoir, connaissance est puissance, est applicable
ici. Plus on comprend les causes de ce phénomène, mieux on peut le traiter.
Les parents cibles doivent aussi être aidés pour apprécier que l’opposé de
l’amour n’est pas la haine mais l’indifférence. Ils savent parfaitement
qu’avant la campagne de dénigrement, les enfants étaient affectueux et
raisonnablement coopératifs. La soudaine transformation de la personnalité des
enfants ne veut pas forcément dire que tout ce qui restait d’amour et
d’affection a été entièrement balayé des circuits de leur cerveau. Les
préoccupations des enfants avec le parent cible donnent une fausse idée de leur
affection sous-jacente, aussi étrange que cela puisse paraître au parent
aliéné. Je trouve quelquefois l’exemple suivant utile : Le garçon A rencontre
une fille. Après quelques fréquentations, il décide qu’il n’est plus intéressé
et ne l’appelle plus. Dans les semaines qui suivent, elle hante durement ses
pensées. Au contraire, le garçon B fréquente la même fille quelques temps, et
ensuite lui écrit une lettre de 25 pages expliquant pourquoi il ne veut plus la
voir. Il est préoccupé par cette décision de séparation. La question est : avec
lequel de ces deux garçons la fille a–t-elle le plus de chances de renouer ?
Evidemment la réponse est avec le garçon B, même si ses preuves de désagrément,
de répulsion, et même de haine ont ostensiblement indiqué qu’il ne voulait plus
rien avoir à faire avec elle. Sa lettre de rejet 25 pages donne une fausse idée
de son profond attachement. L’enfant PAS est comme le garçon B, et le parents
cibles doivent en permanence se le rappeler.
Les parents victimes doivent aussi être aidés pour " épaissir leur peau
". Ils doivent être aidés à ne pas prendre au mot les calomnies de leurs
enfants. De nombreux parents victimes reconnaissent que les enfants sont plus
en difficulté pendant les premières heures ou minutes du transfert. Alors, les
enfants PAS des catégories légère et modérée finissent pas " relâcher leur
garde " et apprécier les visites. Quelques parents aliénés doivent tolérer
un état permanent d’animosité tout au long de la visite. De tels parents
doivent être encouragés, cependant, à continuer les visites et considérer
l’hostilité comme un premier masque au profit du parent manipulateur. Ils
doivent considérer que les enfants sont encore là, malgré leurs protestations.
Cela indique qu’ils veulent actuellement être avec le parent accusé avec
mépris. S’ils ne veulent vraiment pas respecter les visites, comme c’est le cas
dans les catégories de PAS sévères, ils ne seraient pas là. Même les plus
jeunes enfants PAS peuvent créer de telles scènes, batailles et agitation que
les parents vont finalement abandonner en désespoir de cause.
Quelques enfants PAS de la catégorie modérée sont relativement calmes et
heureux durant les première heures de la visite et entrent ensuite dans un état
de colère qui dure une heure ou plus, et ensuite reviennent dans leur premier
état de convivialité. Ces épisodes de colère doivent être vus comme des
démonstrations au bénéfice du manipulateur, et doivent être associés au retour
de l’enfant. Cependant, au moment de les raconter, la durée et l’intensité de
ces explosions seront évidemment étendues, exagérées, et présentées comme des
réponses à la terrible indignité subie des mains du parent cible. Aucune
mention non plus ne sera faite des bons moments qui ont constitué 95% de la
visite. Quelquefois ces explosions de colère représentent une libération de la
colère refoulée générée par la participation de l’enfant au le conflit
parental.
Les parents victimes doivent aussi être aidés à divertir leurs enfants de leurs
provocations hostiles vers des échanges plus sains, et ne pas s’appesantir sur
des allégations particulières, vraies ou fausses. Je ne suggère pas que les
parents cibles se privent complètement de toute réfutation des fausses
allégations. A la place, ils doivent répliquer des explications courtes et
simples, et ne pas y consacrer trop de temps. Ils doivent cibler les enfants
vers les exemples les plus énormes des distorsions du manipulateur et si
eux-mêmes ont des expériences qui vérifient ces accusations. Le mieux est quand
les accusations de persécution ou d’indignité sont sensées avoir lieu. Des
expériences de vie saine , cependant, sont les plus efficaces antidotes aux
fantasmes au regard des qualités nocives ou dangereuses attribuées au parent
cible. Beaucoup plus de temps doit être consacré aux enfants à des expériences
qui nient la validité des fausses accusations. Le parent victime peut être
engagé par le thérapeute comme un assistant thérapeutique pour le processus de
déprogrammation. Au cours de ces entretiens le parent cible fournit des
exemples de fausses accusations, qui peuvent alors servir de points de départ
pour une discussion thérapeutique entre les parties, une discussion qui se
concentre sur la fausseté de l’accusation.
Les parents cibles doivent être encouragés à parler aux enfants du " bon
vieux temps " ensemble et d’engager des échanges ludiques qui seront des
manifestations du lien qu’il y avait à cette époque. Les parents sains et les
enfants s’investissent dans des jeux " privés " particuliers qui sont
uniques pour chaque relation. Ceci signifie chanter des chansons particulières,
participer à certains jeux, ou utilisera des termes et des phrases qui sont
caractéristiques de cette relation particulière parent/enfant. Amener les
enfants à répéter ces activités et échanges peut être tout à fait salutaire et
jouer un rôle important dans la réduction des symptômes PAS et dans la
reconstruction d’un lien psychologique atténué.
A l’occasion, les parents victimes feront appel à la police pour récupérer
leurs enfants à l’occasion des visites. Typiquement, ils prendront la décision
de justice qui indiquera clairement à la police que l’heure est la bonne.
Evidemment, ceci ne doit pas être fait lors de la première visite après la
séparation. Mais, c’est seulement après de nombreuses frustrations et rejets à
l’heure prévue. Comme c’est vrai pour la plupart des activités, il y a des
avantages et désavantages dans cette manœuvre. Les principaux avantages sont
que ça augmente la probabilité que les enfants visitent et réduit, de ce fait,
les frustrations du parent cible et la colère refoulée. Cela a aussi l’avantage
pour les enfants en ce sens que cela leur fournit une excuse à l’égard du
parent manipulateur, c’est-à-dire, " nous haïssons d’aller avec lui (elle)
", mais si nous n’y allons pas, quelqu’un sera arrêté ". Comme il est
mentionné, je n’insisterai jamais assez sur l’importance de fournir aux enfants
PAS les excuses qu’ils ont besoin de fournir au parent manipulateur s’il vont
visiter le parent aliéné. Un désavantage de solliciter la police est que cela
risque de faire peur aux enfants. Après tout, la police est souvent vue comme
une autorité impressionnante aux yeux des enfants, et ils peuvent être effrayés
d’être arrêtés eux-mêmes. Je n’ai pas de position arrêtée sur ce problème
particulier. Il y a des situations dans lesquelles les avantages l’emportent
sur les inconvénients, et il y a des situations dans lesquelles c’est le cas
contraire. Comme c’est vrai pour beaucoup d’autres décisions cliniques, un
essai empirique est souvent la meilleure procédure pour affirmer si oui ou non
une procédure particulière sera positive. Le thérapeute devra envisager ce
problème dans des cas précis et, ne sachant quoi recommander, essayer une ou
deux fois et tester les membres de la famille, en particulier les enfants, pour
leurs diverses réactions.
Le plus important : les parents victimes doivent être encouragés à "s’en
tenir" à la philosophie que les relations basées sur un amour sincère se
révèle définitivement plus forte que les relations basées sur la peur. Les
parents aliénés devraient être aidés à considérer (s’il ne le savaient pas
déjà) que l’animosité des enfants à leur égard est basée d’abord sur la peur
d’aliéner leurs manipulateurs, en particulier s’ils expriment une affection
pour le parent aliéné. Les parents victimes doivent fournir à leurs enfants une
atmosphère dans laquelle ils permettent d’exprimer toutes pensées et émotions,
positives ou négatives, à l’égard de leurs deux parents. C’est un environnement
différent du domicile du parent manipulateur, où les enfants ne sont pas
autorisés à exprimer des critiques du manipulateur, ni aucun sentiment affectif
à l’égard du parent cible. Au domicile du manipulateur les enfants vivent dans
un état de peur, jusqu’à ce qu’ils brisent ces règles contraignantes. L’espoir
est que, finalement, les enfants arrivent à considérer cette différence et
reconnaissent le meilleur état de détente et de plaisir dont ils se réjouissent
au domicile du parent cible.
Les parents cibles de la catégorie modérée de PAS doivent être aidés à
considérer que les choses pourraient être pires, que les enfants ne sont pas
dans la catégorie sévère – dans laquelle ils n’auraient plus de visite. Le fait
réel que les enfants visitent indique qu’ils veulent être avec le parent
aliéné, malgré leurs protestations contraires. Si les enfants ne veulent
vraiment pas être avec le parent cible, leur cris continuels, leur coups de
pied, leurs hurlements à vous figer le sang rendraient les visites impossibles,
sauf pour les plus jeunes enfants. Les parents victimes de la catégorie modérée
doivent se rappeler continuellement ce fait important et se persuader d’en
retirer une consolation.
DISCUSSION
Je ne peux pas penser à un meilleur exemple de la manière que les
professionnels de santé mentale et de droit peuvent travailler ensemble que le
traitement des familles PAS. Quand de telles coopérations sont pleines et
complètes, la probabilité de succès est raisonnablement bonne. Au contraire,
quand une telle coopération ne peut avoir lieu, la thérapie se révélera inutile
et les résultats d’un tel échec thérapeutique auront tendance à aller vers la
progression du PAS vers la catégorie sévère, avec une grande probabilité
d’aliénation à vie de l’enfant à l’égard du parent cible. Mon expérience m’a
montré que les tribunaux sont réticents à imposer les sanctions les plus
contraignantes suggérées ici, avec de tragiques résultats pour la famille. Mon
expérience m’a aussi montré qu’il y a peu de thérapeutes qui ont la volonté et
la capacité de mettre à exécution le programme de traitement le plus
contraignant recommandé ici. L’approche de "Mr.(Mrs.)- Bonhomme",
aussi importante qu’elle soit dans la traditionnelle thérapie individuelle et
familiale, n’a pas de place dans le traitement des familles PAS. Seulement les
thérapies qui sont à l’aise avec les contraintes et les procédures de
traitement autoritaire doivent être utilisées dans la conduite de la thérapie
des familles PAS. Les thérapeutes qui sont capables des deux peuvent fournir
une aide significative à ces familles PAS s’il sont capables d’obtenir le
soutien du tribunal pour leur traitement. Malheureusement, mon expérience m’a
montré qu’un tel soutien du tribunal arrive rarement. L’un des objectifs de cet
article est d’attirer l’attention sur ce problème, dans l’espoir que les professionnels
de santé mentale et du droit vont modifier leur attitude et de là fournir à ces
familles l’assistance dont ils ont grandement besoin, et qu’ils ne reçoivent
pas ans l’immense majorité des cas.
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