Article dans „La libre Belgique“, 12 novembre 2002
Du divorce à l’aliénation
parentale
Syndrome
peu connu, l’aliénation parentale serait un phénomène en accroissement.
De
Francfort à Namur, psychiatres et psychologues tirent la sonnette d’alarme.
Le
parent privé de contact souffre; les enfants aussi.
Vingt ans après la séparation de ses parents, un enfant sur cinq ne veut plus entendre parler de son père ou de sa mère. Les conséquences de la séparation ont déja fait l'objet de nombreuses études dévoilant, notamment, le Syndrome d'aliénation parentale (PAS). Celui-ci, décrit par Gardner en 1992 et 1996, présuppose chez 1'un des deux parents la présence de réactions particulières à la séparation ou même de troubles de personnalité.
L'enfant, tout jeune, est amené à partager un ensemble d'idées et de
perceptions fautives présantées à répétition ressemblant à un véritable lavage
de cerveau. Le but non avoué est de le convaincre que „l‘autre“ est un vrai
monstre.
Comme l'a déclaré, à Francfort, en octobre dernier, le psychiatre
Wilfrid von Boch-Galhau: „Psychiatres et psychologues mettent en garde contre
les traumatismes de plus en plus fréquents chez les enfants de couples divorcés
volontairement aliénés de 1'un des parents par l'autre parent. A long terme, la
rupture du contact entre les parents, les enfants, les grands-parents et les
frères et soeurs aboutit, dans un nombre croissant de familles confrontées à un
divorce, à une douloureuse aliénation." Il ne s'agit, en effet, pas
seulement de priver physiquement 1'enfant d'un de ses deux parents, mais
également de le discréditer.
„Bien souvent, les enfants diabolisent puis rejettent le parent, pour
lequel ils éprouvaient auparavant de 1'amour. Une telle maltraitance psychique
suscite un traumatisme qui se poursuit à l'àge adulte. Les conséquences
psychologiques sont comparables à celle que causent les abus sexuels“, va
jusqu'à déclarer le psychiatre.
Encore trop peu connu, ce phénomène mériterait d'être mieux identifié,
dans des services sociaux ou juridiques, cherchant quant à eux, à toujours
mieux servir l‘interêt de 1'enfant. On retrouve bien entendu des cas
d'aliéniation parentale dans les rapts internationaux.
Spécialiste de l'abus sezuel, Hubert van Gijseghem, psychologue
québécois d'origine belge, connaît bien le Syndrome d'aliénation parentale, une
pathologie qu'un certain courant aimerait voir entrer au DSM IV, bible de la
psychiatrie. „Que ce syndrome soit reconnu comme une pathologie est important
pour la prise de décision judicaire", nous dit-il lors de son séjour en
Belgique. D’après le psychologue, ce phénomène, connu depuis 3 ou 4 ans
seulement, concernerait un divorce sur dix avec une aliénation sévère dans 5 pc
des cas et une forme d'aliénation d'abuse sexuel dans l pc des cas.
Sans vouloir etre alarmiste, une rapide analyse du contexte
socio-culturel permet de prévoir une augmentation de cas dans les années à
venir. Elle ne serait cependant pas proportionnelle à l'accroissement des
divorces grâce à la mediation, de plus en plus pronée aujourdhui.
Toujours est-il qu‘en 1950, en Amérique du Nord, 5pc des couples
divorcaient avant les dix ans de leur aîné et qu'ils étaient 50 pc dans la même
situation en 1995. Le parent dit aliénant est souvent celui qui a la garde de
l'enfant et qui se sent lésé, abandonné par l'autre. Inconsciemment, il
distille son poison goutte à goutte avec une succession de phrases, qui
incluent l'enfant dans le processus, du genre: „Il nous a abandonnés. Il nous
traîne encore en justice. Tu es trop petit pour comprendre... Si tu savais ce
qu'il nous a fait..." L'autre est souvent décrit comme un monstre. Dans
les faits, il arrive qu'une mère, par exemple, oblige le pére à attendre au
bout de la rue. Comme il s'agissait d'un dangereux individu.
Les incessants coups de fil donnés à 1'enfant lorsqu'il est en week-end
chez le parent dit aliéné sont une manière, courante et efficace de l'empêcher
d'avoir une réelle relation avec son autre géniteur. Et plus l'enfant s'èloigne
de ce parent, plus il se libère de l'ambivalence de ses sentiments suite à la
rupture ainsi que du conflit de loyauté qui le divise.
Mais, conclut Van Gijseghem, „un enfant ne se défait pas impunément de
ses géniteurs. L'apothéose du clivage peut mener à la schizophrenie.
L'aliénation détruit la distance nécessaire intergenerationnelle. On sort ces
enfants de 1'enfance et le Syndrome d'aliénation parentale est prédicteur de
troubles de comportements délinquants important, car l'enfant qui a pris le
pouvoir a un profil à risques“.